I. Introduction de la Première Rencontre Internationale des Archives d´Art: De l´Art aux Archives, et des Archives à l´Art
- Alejandra Wolff, Directrice du Patrimoine, des Archives et des Publications, Faculté des Arts de l'Université Catholique, Chili
Les 28 et 29 avril derniers (2022), nous avons eu l’honneur, depuis la Faculté des Arts de l’Université Catholique (Santiago, Chili), et grâce au soutien de la Commission du Programme des Archives de Littérature et d’Arts du Conseil International des Archives, l’ICA, de réaliser la Première Rencontre Internationale des Archives d´Art en accès libre.
Afin de créer un réseau d´archives d´art provenant d´Amérique Latine, au sein duquel partager nos expériences et réfléchir aux pratiques documentaires caractéristiques des archives d´arts, nous avons invité des Institutions et des Chercheurs se consacrant à la conservation de biens patrimoniaux, de fonds et de collections nationales et internationales.
Les Archives du muraliste Zalce, appartenant à l´École Nationale d´Études Supérieures de Morelia, le Centre de Documentation Arkheia, de l´Université Nationale Autonome du Mexique, La Maison de la Littérature péruvienne, le Centre de Documentation et Recherche de la Culture des Gauches, CeDinCi, en Argentine, ainsi que les Archives du Musée de la Solidaríté Salvador Allende et le Centre de Documentation des Arts Visuels appartenant au Centre National d´Art Contemporain de Cerrillos, au Chili, ont participé à cette rencontre. Les Archives de la Faculté des Arts et celles de la Faculté d’Architecture et de Design ont pris part à l’événement, en tant que représentants de l´Institution d´accueil.
L’initiative a été introduite par Heather Dean et David Sutton, respectivement Président et Vice-présidente de la Section des Archives Littéraires et Artistiques du Conseil international des Archives (ICA). Leur présentation a permis aux participants d’avoir un aperçu des politiques et des missions mises en œuvre par la communauté de membres de l’ICA, ainsi que des défis et des difficultés auxquels elle est confrontée lorsqu’il s’agit de sauvegarder des collections culturelles et artistiques. Face à l’urgence à laquelle notre époque nous enjoint, il est devenu péremptoire de s’interroger sur les langues, les cultures et les pratiques qui nous représentent, sur les registres et les modes d’élaboration de la représentation du passé, et de contribuer à interroger les mécanismes de construction de nos identités. Les crises politiques, sociales et environnementales ont des répercussions sur les priorités et la gestion administrative des registres, ainsi que sur leurs modes d’activation et de transmission. À l’ère du numérique, les modes de transmission orale, les performances et les savoirs originaux deviennent des espaces de représentation mis en tension.
Certaines des questions les plus pertinentes à l’heure actuelle consistent à nous interroger sur ce que nous conservons, comment nous nous y attachons, à propos de qui détermine la sélection, et sur le lieu d’énonciation duquel naît sa pratique.
La propriété intellectuelle, le stockage des données et les systèmes de classification de plus en plus imbriqués dans des réseaux d’appareils numériques d’accès libre, redirigeant vers des sources ouvertes, font également partie des défis importants lorsqu’il s’agit d’archiver des documents de nature artistique.
Afin de réfléchir au lien entre art et archives, les artistes Voluspa Jarpa et Camila Donoso ont présenté la relation de leurs œuvres avec la nécropolitique de l’archive, c’est-à-dire avec la pratique de l’oubli. L’art, dans chaque cas, est responsable de l’activation et de la réflexion sur la pratique archivistique. Dans sa présentation intitulé_e Le Document comme vestige de la non histoire et de la non symbolisation du vide_, Voluspa Jarpa souligne la pertinence de la recherche et de la production artistique dans la construction de l’histoire. À partir de ce qu’elle appelle la pulsion testimoniale, elle élabore l’échafaudage esthétique et conceptuel de son travail. La relation entre le témoignage et le document devient le point central de ses installations, mettant en lumière le dispositif de la dissimulation, de la censure et du secret.
Camila Donoso, cinéaste et scénariste, a partagé ses interrogations à propos du genre documentaire. Intitulée_ Archives Trasnfictifs,_ sa présentation s’est penchée sur les façons dont les migrants, les dissidences et les corporalités non hégémoniques sont réduites au silence. Cette absence d’archive est subvertie dans ces trans-récits qui agissent comme le revers de la narration officielle, et font acte de résistance en laissant apparaître les mémoires inscrites sur les corps.
L’événement a visé à mettre en lumière l’importance des archives et de l’art en tant que champs au sein desquels la représentation est mise en tension. Les Archives et les Arts jouent un rôle dans la construction de l’imaginaire collectif, de la mémoire et de l’identité des communautés appartenant au domaine artistique. Qu’est-ce qui définit les documents d’art ? À travers quels lieux et quelle perspective critique situons-nous notre engagement envers l’institution du patrimoine artistique ? Que faire en période de crise de la représentation ? Comment activer l’accès et participer à la recherche dans et à partir des archives à l’ère du numérique, en période de pandémie et de post-pandémie? Quelles politiques traversent les archives et l’art ? Ces interrogations, ont, avec d´autres, construit le cadre duquel est née cette rencontre.
Ce livre matérialise la promesse et l’engagement de partager ces dialogues, de s’ouvrir aux questions et aux réponses possibles. Dans cette édition, nous rassemblons les articles de ceux qui ont participé à la discussion afin de renforcer, d’étendre et de mettre en commun le travail de collaboration que les archives et les arts promeuvent comme un droit.
Nous remercions ceux qui ont rendu cette expérience possible et tous ceux qui ont généreusement partagé leurs expériences et soutenu notre travail.