VI. Imageothèque: la collection d'images sociales et politiques du CeDInCI. Réflexions sur sa construction
- Natalia Efron, CeDinCi, Argentina
- Eugenia Sik, CeDinCi, Argentina
“Chaque catalogue est une machine à capturer la réalité. Elle est aussi l’expression d’un désir de savoir ou, peut-être plus modestement, de mettre en ordre. Celui qui catalogue ressemble à un joueur. À un intellectuel, aussi.” (María Negroni, Pequeño mundo ilustrado)
Première partie
Le CeDInCI1 (Buenos Aires, Argentine) est un centre de documentation (bibliothèque, hémérothèque et archives) qui se consacre à la récupération, la préservation, la conservation, le catalogage et la diffusion des productions politiques et culturelles de la gauche latino-américaine, depuis ses origines dans la seconde moitié du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui.
Sa collection rassemble le plus grand ensemble de documents concernant la culture des gauches en Amérique latine, y compris la production des principaux courants politiques (anarchisme, socialisme, syndicalisme, communisme, trotskisme, maoïsme, guévarisme, nouvelle gauche, nationalisme révolutionnaire), ainsi que les mouvements sociaux (mouvements ouvrier, étudiant, des femmes, de défense des droits de l’homme, des paysans, mouvements artistiques et intellectuels). Elle offre également une multitude de documents et de collections bibliographiques et de journaux sur d’autres familles politiques (libéralisme, courant radical, conservatisme, nationalisme, démocratie chrétienne, christianisme social, péronisme et autres populismes latino-américains). Elle possède enfin de nombreuses collections d’art et de littérature, notamment celles liées à la praxis politique
Le CeDInCI est né en tant qu’association civile à but non lucratif dédiée à la préservation du patrimoine documentaire et culturel des gauches. La collection initiale a été constituée sur la base des archives personnelles de l’historien argentin Horacio Tarcus, rassemblées sur une période de vingt ans. En 1997, avec l’acquisition du Fonds José Paniale, qui regroupait principalement la presse syndicale et politique de la première moitié du XXe siècle, l’idée est née de transformer ces deux volumineuses collections personnelles en un centre ouvert à la consultation publique.
Depuis l’inauguration de son premier siège en avril 1998, cette collection initiale s’est considérablement développée grâce à des dons, des acquisitions et des échanges, et compte aujourd’hui environ 190 000 ouvrages monographiques (livres, brochures et thèses), 10 000 titres de parutions périodiques (magazines, revues, journaux, revues, bulletins) et 160 fonds d’archives personnelles. En outre, le CeDInCI a constitué une série de collections, dont plus de 4 000 affiches politiques et culturelles et la plus grande collection existante de bulletins électoraux et de brochures sur l’Argentine (plus de 20 000 documents).
Aujourd’hui, le CeDInCI offre à la communauté universitaire et à un large éventail de lecteurs l’une des plus grandes bibliothèques latino-américaines spécialisées dans l’histoire sociale, politique et culturelle de l’Amérique latine. Ainsi, des milliers de collections regroupant les plus importantes parutions périodiques produites sur notre continent, et réalisées par des organisations politiques, culturelles, syndicales, étudiantes, de défense des droits de l’homme, des femmes, etc… sont mises à disposition du public, afin d’être consultées. Ces dernières années, il est devenu le principal centre de référence en sciences humaines et sociales de la région, accueillant régulièrement des chercheurs des universités les plus diverses du monde, notamment d’Europe et d’Amérique. L’organisation du patrimoine du centre est divisée en deux départements: la Bibliothèque-Hémérothèque et les Archives et collections privées. Ce dernier regroupe les collections de dépliants et d’affiches mentionnées ci-dessus, ainsi que des œuvres d’art, des objets et des souvenirs. Les fonds d’archives comprennent trois importantes collections de documentation photographique : la collection du journal La Razón de Buenos Aires, aujourd’hui disparu, celle du photographe amateur Alfredo Alonso et celle du journaliste et écrivain Hugo Gambini..
Histoire de l´Imageothèque 2
L’Imageothèque est née en 2016 du besoin concret de l’institution de diffuser des documents déjà numérisés suite à l’avancement de différents axes de travail : projets, demandes de numérisation spécifiques des visiteurs du CeDInCI, etc. À cet objectif plus pragmatique s´ajoute l´effort pour mettre en lumière la production graphique (design, photographies, œuvres d’art) des différentes cultures politiques argentines et latino-américaines, notamment celles liées aux mouvements et organisations protestataires, alternatifs ou révolutionnaires, auquel répond la création de l’Imageothèque.
À travers ce projet, nous cherchons à promouvoir la consultation, la recherche et la réutilisation des images dans l’intention de les positionner comme objets d’étude et non comme seules sources documentaires.
Parmi les documents à inclure, il y avait une collection photographique de plus de 3 000 documents organisée et numérisée il y a plusieurs années, dont les registres étaient hébergées dans le catalogue de la bibliothèque/hémérothèque (car le catalogue des archives, qui a été élaboré en 2012, n’existait pas encore). À ce fonds photographique - composé principalement d’images provenant des archives du Journal La Razón et de la collection Alfredo Alonso - s’ajoutent des centaines d’illustrations, de couvertures de journaux et de magazines, d’affiches, de tracts, de portraits et d’insignes (ou de “logos”) liés à différents courants politiques de gauche.
Le système AtoM a été utilisé pour développer l’Imageothèque en 2016, car le département des Archives et collections privées du CeDInCI avait précédemment mis en œuvre son guide en utilisant la même plateforme. À ce jour, cette plateforme héberge ses descriptions multi-niveaux et certains documents numérisés. À cette occasion, différents logiciels ont été évalués, mais nous avons convenu que, même s’il ne s’agissait pas d’un système destiné à l’origine au catalogage de documents pièce par pièce et qu’il n’offrait pas d’options attractives pour la visualisation des images, il présentait d’autres avantages qui jouaient en notre faveur en tant que petite institution entreprenant différents types de projets :
- Comme il s’agissait du même logiciel, nous n’avons pas eu besoin d’installer de nouvelles consignes pour développer la base de données.
- Le peu de développement web requis par AtoM (presque un système prêt à l’emploi).
- La facilité d’adaptation de certains éléments du site.
- La possibilité d’exporter des tableaux de données et des objets numériques de manière automatisée.
Au fil des années, l’imageothèque est devenue une base de données consultée par ceux qui avaient besoin d’images, mais aucune documentation supplémentaire n’a été ajoutée.
Développement et mise en œuvre
En 2020, pendant le confinement dû au COVID, la nécessité d’accroître la disponibilité des documents numériques est devenue encore plus évidente. Plusieurs collections de documents avaient été numérisées au cours des dernières années et, dans de nombreux cas, un ensemble de métadonnées les accompagnait. Il s’agit notamment de :
- Plus d’un millier d’affiches politiques et culturelles (provenant d’une collection plus fournie d’environ 3000 documents).
- Plusieurs centaines de photographies, notamment des portraits numérisés provenant de publications périodiques, de livres et de collections d’archives. Certains de ces documents ont été numérisés depuis le lancement du Dictionnaire Biographique des Gauches Latinoamericaines (qui comprend également des portraits illustrés et des caricatures).
- Des centaines de tracts politico-culturels correspondant à différents partis politiques argentins des années 1970 à la première décennie des années 2000.
- Actuellement, la numérisation et le catalogage de la collection photographique des archives du journaliste Hugo Gambini sont en cours. Actuellement, plus de 700 photographies correspondant à cette collection sont disponibles en ligne, organisées dans le style des archives éditoriales : enveloppes et boîtes thématiques classées par ordre alphabétique.
En ce qui concerne le logiciel, nous avons opté à cette occasion pour le logiciel Omeka, version S (sémantique). Cela est dû, en premier lieu, au fait que nous avons développé en 2018 un site d’exposition virtuel au sein du CeDInCI qui nous a permis de répliquer en ligne les différentes expositions montées au siège de l’institution. Pour ce site d’exposition, nous avions utilisé la version Classic du logiciel, mais à cette occasion nous avons opté pour la version S car elle nous permet de travailler et d’élaborer différents schémas de métadonnées et présente une plus grande ductilité dans la construction des collections et dans la personnalisation des champs, entre autres avantages.
Il convient de noter qu’une fois le système installé par l’informaticien Emmanuel Alcaraz, toutes les décisions concernant la visualisation du site, le catalogage, la sélection des documents et la migration des enregistrements ont été prises par les auteurs de ce document. Ce fait peut paraître anecdotique, mais pour la dynamique d’une petite institution, pour la possibilité de corriger ou d’améliorer la visualisation et l’interopérabilité du site en fonction des informations saisies, et pour la rationalisation de l’ensemble du processus, la possibilité de développer un grand nombre de tâches à partir de l’interface web du système par des non-spécialistes des systèmes informatiques présente un grand avantage.
Dans un premier temps, nous nous sommes concentrés sur la présentation des documents, en donnant la priorité à la qualité des images, à leur visualisation correcte, à la possibilité d’ajouter plus d’un objet numérique à un enregistrement, à la possibilité d’assembler facilement des collections et sous-collections de différents types, et à la construction personnalisée de champs et d’index hypertextes. Des décisions curatoriales et des stratégies pour l’amélioration des descriptions existantes ont ensuite été prises.
Il convient de préciser que, comme il s’agit d’un processus de travail que différentes personnes ont développé sur plusieurs années, diverses manières de procéder cohabitent : nous essayons de les unifier et de les systématiser. L’objectif consiste à trouver de nouvelles façons de perfectionner ce qui a déjà été fait, tout en essayant de mettre à disposition un maximum de documents. Outre les décisions pragmatiques d’une politique de catalogage, la définition de la politique de catalogage du site et le développement d’un manuel de procédures (qui a déjà une première version visant à systématiser les champs utilisés dans la base de données) présentent plusieurs défis ou problèmes plus larges.
Deuxième partie/ Questions autour de la mise en place d’un référentiel d’images
Au cours du développement de la plateforme/référentiel, nous avons été confrontés à des débats méthodologiques et à des décisions concernant la création et la refonte de la nouvelle plateforme, le catalogage des documents, l’interrelation avec les archives existantes, l’établissement de paramètres de travail qui tiennent compte des particularités des documents et de leurs utilisations possibles.
Pour cette raison, nous voulons problématiser ce processus de travail intégral, en tenant compte des tensions entre travail et document, du potentiel des collections, de la sensibilité et de la méthodologie archivistique, et des manières de décrire (représenter) les documents visuels liés aux cultures politiques argentines, principalement aux courants de gauche et aux mouvements sociaux. Il est structuré sur la base de différentes questions :
1. Pourquoi définir une ligne éditoriale pour les images d’une collection ?
Nous tenons compte du fait que cette approche peut porter préjudice à l’intégrité d’un fonds d’archives et que, bien que la sélection soit virtuelle, il s’agit toujours d’une sélection d’un ensemble de documents produits de manière organique. Cependant, il était essentiel pour nous de capitaliser le travail effectué précédemment, d’utiliser d’autres types de ressources dont nous disposions et qui n’étaient pas en ligne - comme les portraits du Dictionnaire biographique de la gauche latino-américaine -, en tenant compte du fait que le CeDInCI est un centre de documentation contenant différentes collections et qu’il ne reçoit pas seulement des dons, mais qu’il collecte activement des documents qui ne se trouvent pas dans d’autres institutions du pays et de la région (comme des tracts ou des affiches). Nous avons commencé le projet en sachant que, dans la description de chaque document, nous devions recomposer leur relation comme un tout, mais avec la certitude que l’utilisation d’une base de données relationnelle nous permettrait de générer des recherches transversales (et mettre de l’ordre dans les contenus) et d’améliorer les utilisations et les vues sur les images.
Ce “démembrement” a été compensé par l’interrelation des enregistrements sur la base de champs descriptifs (avec hyperliens) qui permettent la reconstruction virtuelle de la relation de chaque image/œuvre avec la documentation qui lui est associée, avec les autres documents dont elle partage la garde principale et avec la Collection/Fonds dont elle fait partie. Par exemple, dans le cas du fonds Gambini (et du fonds Journal La Razón), chaque photo possède des champs dans la description qui permettent de l’associer à une enveloppe spécifique, à la description du fonds dans le catalogue des archives et, à partir d’une collection créée avec les documents appartenant au même fonds, elle est également hyperliée à d’autres éléments du même fonds/collection dans l´Imageothèque.
De plus, les hyperliens offrent un aperçu transversal du contenu, des sujets, des types de documents, de la géographie, des dates, etc.
2. Lorsqu’un fonds/collection est composé de différents types de documents, comment établir des critères et des limites claires pour nous permettre de faire la sélection et de développer le site ?
A priori, la réponse est évidente : les décisions qui sont (et seront) prises pour alimenter l’Imageothèque le sont en fonction des caractéristiques de chaque collection. Citer quelques exemples de défis actuels nous permet d’illustrer le type de pondérations que nous effectuons afin de poursuivre le développement du site :
- Dans le cas de la collection Hugo Gambini, nous avons décidé de ne numériser que les photographies, car de nombreux autres documents se trouvent dans d’autres collections (par exemple, un article de périodique). De plus, ces documents non visuels qui composent une enveloppe ou une boîte thématique de la collection n’ont souvent aucun lien avec les photographies qui s’y trouvent, et ne contribuent pas à leur contextualisation. D’autre part, il existe des enveloppes et des boîtes contenant uniquement des photographies. Il y a également un intérêt à donner la priorité à la disponibilité des documents photographiques en ligne car il y a peu de collections de documents visuels disponibles en ligne dans le pays.
- Au contraire, dans le cas du Fonds Journal La Razón, il y a plus de 15 ans, seuls les documents photographiques ont été numérisés. Mais comme il s’agit d’une archive éditoriale stricto sensu, nous avons constaté au fil des années qu’il est essentiel d’incorporer les documents qui contextualisent de manière univoque l’image, puisque les enveloppes contiennent les données de la publication et le sens que le journal a voulu lui donner, non seulement lors de la publication de la ou des photographies, mais aussi lors de leur archivage. Les images 7 et 8 montrent un exemple d’enveloppe à partir de laquelle nous avons publié dans l´Imageothèque la photographie d’une femme disparue. La coupure de presse fournit des informations supplémentaires qui, dans ce cas, ont été recherchées par la famille de la victime. La mise en ligne de ces informations permet de mieux garantir l’accès des citoyens aux archives afin de garantir leurs droits.
- La collection d’affiches politiques et culturelles a été créée et maintenue par le CeDInCI. Elle est constituée de supports provenant de différents dons (qu’ils constituent ou non un fonds d’archives) et de la collecte de documents par l’équipe de travail de l’institution. Dans le cas de ce type de documentation, il convient de souligner la double caractéristique des affiches, puisqu’elles sont, d’une part, une expression artistique et, d’autre part, des documents éphémères à caractère purement informatif. Dans ce cas, compte tenu de la taille des documents, il a été décidé de numériser toutes les affiches, quelle que soit leur valeur esthétique. Nous pensons qu’il n’est pas possible de sélectionner les documents les plus élaborés visuellement, car cela entraverait les futures lectures esthétiques des documents.
3. Questions et défis qui pèsent sur la description d´une image
Lorsque nous avons entamé le processus de catalogage des images, nous nous sommes demandé comment réaliser au mieux une description qui tienne compte des utilisateurs potentiels, des réutilisations possibles et de la diversité typologique à laquelle nous étions confrontés. L’une des questions centrales peut être résumée comme suit : Axons-nous la description sur les aspects formels, sur les aspects thématiques ou sur ses utilisations en tant qu’objet culturel ?
Enfin, nous avons opté pour le même ensemble de métadonnées pour tous les documents, car cela nous permettrait de faire des associations transversales entre les différentes collections et types de documents. En termes de recherche d’information et de systématisation, des décisions spécifiques ont été prises pour chaque ensemble ou collection particulière sur la base des informations que chaque image possédait (ou était associée à elle). Il s’agit notamment de
- Dans le cas de photographies de presse, publiées ou faisant partie d’unités documentaires composites, l’information provient initialement de la documentation associée, des inscriptions sur les enveloppes ou de l’information provenant du document/de l’œuvre lui-même. La recherche progresse ensuite : les personnes sont identifiées et des descripteurs du thésaurus institutionnel sont attribués pour nous permettre de faire une description plus précise.
- Les affiches et les dépliants contiennent des informations textuelles, qui sont essentielles pour les cataloguer en premier lieu. Dans le cas de ce type de document, d’autres problèmes se posent : l’identification du titre (surtout concernant les affiches), les convergences d’auteurs dans un même document, la datation, etc. Comment organiser et hiérarchiser la transcription d’un texte qui n’a pas une lecture linéaire et où le design et l’image interviennent comme éléments clés pour sa compréhension ? Après une première couche de description, en plus de ce qui concerne la lecture d’informations écrites, une description formelle est effectuée sur certains documents visuels. En d’autres termes, il s’agit de s’efforcer de décrire le contenu d’un document dans un langage naturel afin de pouvoir retrouver d’autres termes et de rendre les documents plus accessibles, notamment aux personnes souffrant de déficiences visuelles.
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Un autre cas à considérer est celui des photographies, qui présentent souvent des scènes plus opaques nécessitant une approche plus approfondie. Chaque description peut devenir une enquête en soi qui nécessite des connaissances préalables spécifiques, non seulement par rapport au sujet mais aussi par rapport à sa matérialité.
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Par exemple, ce n’est pas la même chose de cataloguer une photo réalisée avec une impression offset qui a eu un certain usage spécifique (par exemple un journal, une revue, un poster ou un livre) qu’une image imprimée sur papier avec de la gélatine et de l’argent (une photographie telle que nous la connaissons ou la connaissions il y a encore à peine quelques années) qui a pu être développée par son auteur, l’agence de presse ou la rédaction d’une publication, un aspect qui pourrait impliquer la relation avec un négatif, un appareil photo et peut-être aussi un lien direct avec le moment ou la personne représentée. La matérialité ajoute à l’approche thématique une couche d’information sur les systèmes de production et les utilisations des images/objets que nous analysons ; et pour pouvoir différencier un dessin à l’encre, au crayon, à l’acrylique ou sa reproduction par un système mécanique, il faut des connaissances spécifiques. Par la suite, il est nécessaire de structurer ces informations dans le schéma de métadonnées utilisé.
En d’autres termes, pour décrire cette image, nous devrions avoir des connaissances en photographie, en art, en histoire, en archives et/ou en bibliothéconomie. Nous pensons qu’il est nécessaire de travailler avec des équipes interdisciplinaires, de donner du temps à la recherche, et même ainsi, il est possible de ne pas arriver à des résultats précis et complets. Ainsi, une autre tension se génère entre l’utile et l’inutile : une photo est-elle utile sans information dans la base de données? Est-elle utile pour faire une description " standard “?
A partir des informations contextuelles de la photographie et des petites avancées de la recherche, nous avons commencé à remplacer certaines des informations sur l’ensemble des photos dans l’enveloppe où se trouvait l’image analysée. Cependant, tout ajout à la première description pourrait entraîner une mauvaise lecture et une mauvaise reproduction dans les ré-utilisations suivantes de l’image. Nous pourrions penser aux titres suivants :
- “Les militants récupèrent le corps d’un camarade tombé au combat”. * “Un groupe de personnes porte le corps d’une militante décédée”. * “Mise en scène réalisée pour justifier la répression et les opérations militaires à Tucuman”. Bien que la photo se trouve dans une enveloppe étiquetée “Guerrilla”, il n’est pas possible de reconstituer le type de scène ou les rôles des personnages. Il n’est pas clair si la femme était ou non une militante de l’ERP (Ejército Revolucionario del Pueblo, un groupe qui a été déployé dans la brousse de Tucuman à la date assignée au reste des photos dans l’enveloppe de l’unité documentaire composite). La manière dont une épigraphe - en l’occurrence un titre ou une description dans une base de données - conditionne la lecture de l’image est un sujet qui a été considérablement étudié et développé par différentes personnes ayant centré leurs réflexions sur l’analyse des images, comme Gisèle Freund ou Susan Sontag. De même, la valeur de vérité d’une photographie est également un sujet qui a déjà été beaucoup travaillé et nous n’allons pas nous y plonger dans ce texte. Ce qui nous intéresse ici, c’est la tension qui se crée entre une description fiable et une description aseptisée qui ne rend pas compte de la complexité d’une image. D’autre part, combiner le temps et les besoins institutionnels avec un idéal de description n’est pas chose aisée et constitue une autre variable qui remet cette tension au centre de cette problématique lorsqu’il s’agit d’une image. Combien de temps pouvons-nous consacrer à la description d’une image ? Dans le même temps, l’exemple de l’image 11 nous invite à réfléchir à la frontière ténue entre la “sur-analyse” et la description de l’évidence, de ce qui est observé, de ce qui est en surface. Sans une description précise qui permet leur rencontre directe ou indirecte, les images sont perdues.
4.Comment permettre la réutilisation/réappropriation ?
Un autre problème réside dans la création de points d’accès : dans ce cas, l’absence d’un vocabulaire spécialisé pour les cultures politiques argentine et latino-américaine est évidente. CeDInCI a généré ses propres catégories conceptuelles dans le catalogue de la bibliothèque, qui ont ensuite été reprises dans le domaine des archives une fois le système AtoM développé. Récemment, l’expérience du Diccionario Biográfico de las Izquierdas Latinoamericanas (Dictionnaire biographique de la gauche latino-américaine)4 et de la page web Sexe et Revolution5 a introduit de nouveaux problèmes dans les conceptualisations qui étaient faites en termes de définition des catégories qui définissent les partis politiques et les mouvements sociaux ainsi que les expériences de vie et les identités au sens large. C’est pourquoi il est essentiel de générer des points d’accès efficaces qui renforcent le lien avec d’autres œuvres/documents et qui permettent l’approche d’utilisateurs spécialisés et non spécialisés. Nous croyons fermement que dans l’Imageothèque les descripteurs construisent un parcours iconographique et visuel autour d’un certain événement ou thème, par exemple, le massacre de Trelew6 o du 1er Mai7.
Nous considérons que la problématique ne se résout pas avec les seules descriptions thématiques. En plus de l’accès par type de document que nous avons déjà souligné, nous pensons qu’il est nécessaire de faire de nouveaux progrès dans l’application d’un vocabulaire contrôlé pour les procédés d’impression, pour la description des caractéristiques physiques et pour le genre des documents.
Pour conclure
Dans cette présentation, nous avons voulu exposer brièvement la quasi-totalité du processus de développement d’un site conçu pour héberger des documents visuels. Nous pensons que, bien que ces dilemmes soient liés à la construction d’un ensemble spécifique dans laquelle les collections sont classées par ordre de priorité, bon nombre des questions soulevées ici se posent lors de la description de fonds d’archives de différents types. Ainsi, la systématisation de ce cheminement et des problématiques qui en découlent nous permet de poursuivre notre réflexion afin d’améliorer notre propre travail. Surtout, elle nous permet de penser aux prochains documents à disposer à la consultation publique, car nous avons aussi une approche réaliste des délais institutionnels, de l’équilibre des efforts entre le travail détaillé sur quelques images et le catalogage d’un grand volume de documents.
- Enfin, il convient de noter que les prochains objectifs du projet l’Imagéothèque sont les suivants :
- Poursuivre la description des photographies de la collection Gambini.
- Numériser la documentation associée à la collection La Razón.
- Télécharger la collection d’art politique du CeDInCI sur le site Imagoteca.
Au-delà de ces objectifs spécifiques, nous sommes convaincus de la nécessité d’approfondir l’analyse de nos pratiques afin de pouvoir répondre à plusieurs des questions que nous avons ici présentées.
Notes
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Cette attribution à un moment particulier de l’histoire de notre pays est une hypothèse qui se fonde sur la similitude des images avec des publicités réalisées à l’époque pour promouvoir l’Opérateur. Dans le même temps, certaines des photographies de l’enveloppe “Guerrilla” publiées dans la revue Siete días ilustrados ont été retrouvées, confirmant la référence géographique. ↩︎
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Images récupérées à partir du point d’accès “Massacre de Trelew (1972)” dans l’Imagéothèque https://imagoteca.cedinci.org/s/imagoteka/item?property%5B0%5D%5Bproperty%5D=dcterms%3Asubject&property%5B0%5D%5Btype%5D=eq&property%5B0%5D%5Btext%5D=Masacre%20de%20Trelew%20%281972%29 ↩︎
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Images récupérées à partir du point d’accès “1º de Mayo” dans l’Imagéothèque https://imagoteca.cedinci.org/s/imagoteka/item?property%5B0%5D%5Bproperty%5D=dcterms%3Asubject&property%5B0%5D%5Btype%5D=eq&property%5B0%5D%5Btext%5D=1%C2%B0%20de%20mayo ↩︎